Fréquemment méconnu du grand public, l'accident vasculaire cérébral (AVC) de l'œil, ou infarctus oculaire, correspond à l'interruption brutale de la circulation sanguine dans la rétine. Qu'il survienne à l'œil gauche ou à l'œil droit, il constitue une urgence médicale ophtalmologique absolue.
Chaque minute compte pour préserver la fonction visuelle et prévenir la survenue d'un AVC cérébral dans les jours qui suivent.
Qu'est-ce qu'un AVC oculaire ?
La rétine est le tissu photosensible situé au fond de l'œil qui capte les images et les transmet au cerveau via le nerf optique. Pour fonctionner, elle requiert un apport constant en oxygène et en nutriments via un réseau vasculaire dédié :
- L'OACR (Occlusion de l'Artère Centrale de la Rétine) : Un caillot sanguin (embole) ou une plaque d'athérome obstrue l'artère principale qui irrigue la rétine. Privées d'oxygène, les cellules rétiniennes meurent en quelques heures. C'est l'équivalent exact d'un infarctus du myocarde, mais situé dans l'œil.
- L'OVCR (Occlusion de la Veine Centrale de la Rétine) : Le sang ne parvient plus à s'évacuer de la rétine en raison d'une thrombose veineuse, provoquant un œdème et des hémorragies rétiniennes étendues.
Les symptômes d'alerte : comment reconnaître l'infarctus oculaire ?
Le signe clinique majeur d'un AVC de l'œil est très spécifique :
- Perte de vision brutale et indolore : En quelques secondes ou au réveil, le patient constate une baisse d'acuité visuelle massive sur un seul œil (souvent l'œil gauche ou l'œil droit de façon unilatérale).
- Absence totale de douleur : L'œil n'est ni rouge, ni douloureux, ce qui retarde hélas trop souvent la consultation.
- Sensation de rideau noir ou d'obscurcissement : Le champ visuel peut être totalement occulté ou amputé d'une moitié (amaurose fugace ou permanente).
Attention : Même si la vision revient spontanément après quelques minutes (amaurose fugace), il s'agit d'un signe précurseur d'AVC cérébral imminent qui exige une hospitalisation immédiate.
Que faire en urgence ?
Dès l'apparition de ces symptômes :
- Appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112.
- Signalez une baisse brutale de vision indolore sur un œil.
- Rendez-vous sans délai dans le service d'urgences ophtalmologiques le plus proche ou dans un centre hospitalier doté d'une unité neuro-vasculaire (UNV).
Les causes et facteurs de risque cardiovasculaires
L'AVC de l'œil est généralement le révélateur d'une pathologie vasculaire sous-jacente :
- Athérosclérose des artères carotides : Un fragment de cholestérol se détache de la carotide et migre jusque dans l'artère rétinienne.
- Hypertension artérielle (HTA) non contrôlée.
- Troubles du rythme cardiaque : Notamment la fibrillation auriculaire (FA), favorisant la formation de caillots intracardiaques.
- Diabète et tabagisme actif.
- Maladie de Horton : Une vascularite inflammatoire touchant les artères temporales chez les personnes de plus de 60 ans.
Prise en charge et pronostic
À l'hôpital, un bilan complet est réalisé en urgence : fond d'œil, angiographie rétinienne, échographie-doppler des carotides, électrocardiogramme (ECG) et IRM cérébrale.
Le traitement vise deux objectifs cruciaux :
- Tenter de reperfuser la rétine dans les premières heures (médicaments fibrinolytiques, baisse de la pression intraoculaire).
- Mettre en place un traitement préventif secondaire (anticoagulants, antiagrégants plaquettaires, statines) pour protéger le patient contre un AVC cérébral futur.

